« Je ne suis pas Picasso
Je suis Moi ! »

D’aussi loin que remonte mes souvenirs d’aventurière de la couleur, c’est-à-dire à la petite enfance, il y avait une phrase qui durant de nombreuses années résonnait comme incompréhensible et terriblement maladroite de la part des adultes.

Cette phrase, qui d’un seul coup de lame anéantissait toute la force, l’implication, la spontanéité, la joie et la singularité de la peinture que je venais de faire jaillir d’une feuille blanche. D’une seule respiration, cet adulte, parlant de mes empreintes colorées, rétorquait : « Ah, une future Picasso ? »

Déjà à cette époque, je ne me sentais pas hyper à l’aise d’être le témoin émotionnel de ce genre de locution verbale. C’est parfaitement le genre de situation ou je me bloquais et arrêtais toute activité.

Incompréhension et agacement de la part des adultes qui ne comprenaient pas pourquoi d’une seconde à l’autre, je pouvais être en joie de mettre mes mains dans la matière et une seconde plus tard, ne plus bouger…

Il m’était inconcevable de ne pas pouvoir être moi dans cet acte de découverte et de plaisir ! Je ne parvenais pas à sortir ces mots de ma tête, ils tournaient très souvent en boucle…

Alors, tel un contre sort, lorsque je suis devenue à mon tour enseignante, je me suis promis de proposer une créativité libérée et propre à chaque individu.

Basta les « à la manière de… » ou « reproduction d’œuvre ultra connue » !

Dès mes débuts en pédagogie, je décide en conscience de pouvoir amener la création sous un autre jour*, créer sans détour et sans tabou avec chaque personne que j’accompagne. Cet accompagnement est une ode à la créativité de l’enfance, libre, spontanée, en découverte qui fait écho à notre toute première trace écrite. Barbouillée, impulsive, maladroite, jouette, tenace et au combien puissante dans la constitution de l’être (tête, corps, cœur, âme).

Créer, dessiner, imaginer, acte d’expression de soi. Première marque déposée sur un support qui flirte avec l’urgence de livrer son monde intérieur. L’enfance, cette période d’une richesse encore fort insoupçonnée, révèle à elle seule la puissance de la vie qui invite les adultes de demain à prendre corps pleinement dans cet instant.

Alors, je fais le choix de déconstruire ces conditionnements artistiques et offre la possibilité de découvrir sa créativité… en observant, en jouant, en essayant, en écoutant, en se trompant, en recommençant et surtout en laissant de côté les peurs et autres grilles de compétences à acquérir pour se voir monter d’une classe ou s’entendre dire que le futur Picasso est dans la salle.

Dans ce cheminement, il n’est nullement question de savoir ou non dessiner. Cela relève essentiellement de la confiance que nous avons en nous, en l’autre. Prendre soin de soi pour révéler notre essence créative est la base pour pouvoir appréhender et se nourrir au mieux de cette histoire de l’art, d’un passé collectif qui met en lumière les influenceurs de l’époque. Parce que oui, la créativité est universellement personnelle.

Alors, que faisons-nous de notre individualité pleine et entière lorsque nous nous voyons réduit à une mini réplique d’une figure emblématique ? Où est la place de l’individu et de toutes ses spécificités ? C’est en partant de ce constat, qu’il m’est urgent de proposer une autre approche de la créativité, sortir des programmes, sortir son nez des dogmes préconçus pour aller à la rencontre de son âme créative, puissante et joyeuse.

#jesuismoi

Tendrement,

Oriane

*autant vous dire que je me suis attirée les foudres de toutes les personnes ultra-conservatrices des fiches « à la manière de … ». J’ai d’ailleurs failli arrêter mes études pour cela…

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